Mardi 12 mai - Je ne voulais pas rater cette exposition aux Archives de Paris "Georges Perec, archives d'une enfance" pour le 90ème anniversaire de sa naissance (1936-1982). Une enfance bien particulière puisque toute sa famille a été exterminée parce que juive. Un parcours commun à de nombreux juifs polonais réfugiés en France dans l'entre-deux guerres. Ce qui est poignant et qui m'a saisi c'est la beauté des textes autobiographiques cités confrontés à la froideur de tous les documents administratifs présentés – acte de naissance du 7 mars 1936, acte de décès de sa sœur à l'âge de deux mois, livrets scolaires, fiches d'internement à Drancy de sa mère et ses grands parents, déclaration de nationalité française effectuée par son père Icek le 13 août 1936, jugement d'adoption par la Nation de Georges Perec du 13 juin 1945... Et puis le Belleville où il a passé sa petite enfance (1936-1942) – domicile de ses parents et grands parents paternels au 24 rue Vilin où sa mère aura un salon de coiffure, grands parents maternels au 1 rue Vilin, l'épicerie de Rose sa grand-mère maternelle dans le quartier comme les boutiques artisanales des oncles. Sa mère devra le confier à la Croix-Rouge en 1942 pour se réfugier à Villars-de-Lans avec Rose et une tante et son mari – qui l'adopteront en 1945... Elle sera arrêtée le 22 janvier 1943 avec son père et sa jeune sœur Fanny, internés à Drancy puis déportés par le convoi 47 à Auschwitz le 11 février 1943. Alors que son père Icek engagé volontaire, comme le feront 75000 értrangers, au 12e Régiment étranger d'infanterie sera tué le 16 juin 1940. Georges a alors quatre ans... Six quand sa mère sera arrêtée...
Je termine ce trop long post en citant un extrait de "W ou le Souvenir d'enfance" de Georges Perec (1975) – plein d'émotion. "Je n’ai pas de souvenirs d’enfance. Jusqu’à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j’ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j’ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m’adoptèrent. Cette absence d’histoire m’a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparente, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient elles, sinon précisément de mon histoire, de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n’était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente ? "
En tout cas c'est l'Histoire de France. La grande. Celle que j'aime.
Je termine ce trop long post en citant un extrait de "W ou le Souvenir d'enfance" de Georges Perec (1975) – plein d'émotion. "Je n’ai pas de souvenirs d’enfance. Jusqu’à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j’ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j’ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m’adoptèrent. Cette absence d’histoire m’a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparente, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient elles, sinon précisément de mon histoire, de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n’était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente ? "
En tout cas c'est l'Histoire de France. La grande. Celle que j'aime.
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